L'Esprit de Saint Malo
 

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Auteur : Contre-amiral (er) Roberto BENAVENTE. President-Section Chilienne
Traducteur: Contre-amiral (er) Gilbert FABRE. Cap Hornier Honoraire - Section Franco-Belge.

Capitaine Louis Charles AllaireDoubler le Cap-Horn était et sera toujours une aventure, principalement en raison de la violence des perturbations climatiques qui règnent habituellement dans cette région. Si cette pratique constitue une gageure pour les marins d’aujourd’hui, il est facile d’imaginer combien il était beaucoup plus méritoire de franchir ce passage pour les anciens voiliers, qui, en provenance d’Europe, faisaient route - jusqu’au milieu de ce siècle - vers le Chili, principalement, pour y charger du nitrate dans les ports du Nord de ce pays.

Le mérite de ces navigateurs est d’autant plus digne d’admiration si l’on prend conscience que ces navires se déplaçaient avec la seule aide du vent, dont la direction et la force étaient déterminantes pour la conduite de ce type de bâtiment à cette époque. A titre d’exemple, il est de circonstance de rappeler, qu’en certaines occasions, le transit du 50° de latitude sud, en Atlantique, au 50° de latitude dans le Pacifique, par le Cap Horn, durait souvent entre 30 et 45 jours et que la durée record de cette traversée - exploit mentionné dans les textes spécialisés - a été de 5 jours 14 heures, par la frégate allemande priwall commandée par le Capitaine hauth en 1938.On se souviendra, que ce navire a été postérieurement vendu symboliquement au gouvernement du Chili et incorporé dans la Marine de Guerre chilienne sous le nom de LAUTARO.

Naviguer dans les eaux tempétueuses du "cap redouté ", où la fréquence et la violence des tempêtes, étaient et sont toujours universellement reconnues, était beaucoup plus difficile dans le passé du fait du niveau de développement encore élémentaire des cartes marines comme celui des connaissances hydrographiques et océanographiques de cette région. A ces insuffisances s’ajoutait une radiotélégraphie toujours à ses balbutiements et pratiquement inexistante. De plus, la carence des prévisions météorologiques aussi bien que les multiples difficultés pour déterminer une position géographique en mer en raison de la nébulosité quasi perpétuelle qui masque en permanence le ciel empêchait pratiquement les observations astronomiques indispensables. Par ailleurs, la qualité médiocre des instruments de navigation et l’imprécision de l’heure provoquaient de sérieuses difficultés pour déterminer la longitude, augmentant ainsi le risque d’échouage. Ces inconvénients contraignaient les anciens marins navigant à la voile de tracer une route du large, augmentant d’autant la durée du parcours et les risques de collision avec les glaces des hautes latitudes.

Selon les statistiques internationales 800 navires ont fait naufrage au Cap Horn et pas moins de 10.000 vies humaines ont été perdues. Cet état de fait a encouragé ces capitaines à créer une organisation grâce à laquelle ils pourraient partager leurs expériences. Par ce biais, ils auraient ainsi la possibilité d’atteindre un plus haut degré de sécurité, de réduire les temps de transit de ce passage dangereux où les méprises et la malchance sont synonymes de pertes de vies humaines en mer.

Dès lors était née une corporation fraternelle où les capitaines français pourraient échanger leurs expériences. Son but majeur était de promouvoir et renforcer les liens de camaraderie entre des hommes de mer exceptionnels qui avaient expérimenté le privilège insigne d’avoir doublé le Cap Horn au commandement d’un navire à voiles.

Les statuts de cette organisation ont été établis à l’Hôtel de l’Univers à Saint-Malo, en France, en juillet 1936. La réunion inaugurale s’est déroulée à l’Hôtel des Ajoncs d’or en mai 1937.Son premier président était le capitaine Louis Charles Allaire. Les principales qualités de ces capitaines était leur esprit combatif, leur détermination à l'encontre des difficultés, leur compétence de marin, leur habileté de décideur et leur aptitude au commandement face à des équipages qui n’étaient pas toujours des marins professionnels.

Le Seconde Guerre Mondiale a interrompu les activités de la jeune association. Toutefois, dès la fin du conflit, elle renaît avec un dynamisme ravivé, renforçant l’esprit de ses fondateurs et éveillant l’intérêt des autres nations maritimes pour un ralliement à cette organisation dont les objectifs n’étaient autres que ceux d’entretenir une éthique de camaraderie et de d’amitié, dictamen propre aux gens de mer de toutes les nations.

C’est ainsi qu’en 1950, l’organisation s’est internationalisée et a pris le nom de "amicale internationale des capitaines au long-cours cap-horniers " à laquelle se sont intégrés les pays suivants : Allemagne, Australie, Belgique, Canada, Chili, Danemark, Etats-Unis, Finlande, Grande-Bretagne, Iles Aaland, Italie, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Suède, tous devenus membres de l’entité A l’origine cette organisation était ouverte aux seuls capitaines, puis cette accréditation a été étendue aux officiers et équipages ayant franchi le Cap Horn sur un navire à voile.

La Confraternité chilienne a été fondée en 1987 et accepté dans l’Amicale en 1989. Peut être membre de la section chilienne tout homme de bien qui a franchi le méridien du Cap comme commandant de n’importe quel type de navire.

L’amicale organise chaque année un congrès mondial auquel participent une partie importante de l’effectif de la confraternité ainsi que les Présidents des différentes sections affiliées. Au cours de ces réunions, sont examinées le fonctionnement de l’organisation et sont planifiées les activités futures dans un esprit de camaraderie et de franche amitié entre tous les assistants, facteurs fondamentaux pour pouvoir élaborer des solutions harmonieuses aux problèmes et discussions qui - comme dans toutes les organisations - ne manquent pas de se soulever.

Cet esprit de fraternité a été dénommé " L’Esprit de Saint-Malo ". Pour la première fois ce vocable a été énoncé par le capitaine allemand Carsten rosenhagen dans son discours de remerciement aux Cap Horniers français pour avoir invité un groupe de 14 capitaines de navires à voile allemands à participer au congrès tenu au Havre et à Rouen en juin 1955.

D’une façon naturelle, la mer unit tous les marins du monde dans une belle camaraderie générée par les épreuves, le mode de vie et les aventures vécues en mer tout spécialement là où le danger est maximum : le Cap Horn où ce lien commun s’épanouit en une amitié qui va au-delà des frontières des pays. L’amicale est une Confraternité de camarades, amis, frères dans un esprit de fraternité propre aux marins, toujours prêts à l’affrontement du danger en mer et à assister leurs camarades en péril ; contribuant ainsi à abolir les barrières politiques qui peuvent séparer leurs nations.

"L’Esprit de Saint-Malo " est directement associé à la remarquable période pendant laquelle le Cap Horn ne pouvait être franchi autrement que grâce à la force du vent. Là, où la loyauté, la valeur, la ténacité, l’esprit d’initiative, le courage, le don du commandement et le sens marin sont les vertus communes primordiales de ceux qui ont appartenu et appartiennent à la Confraternité Internationale des Capitaines du Cap Horn.